Chaque soir, alors que le soleil descend derrière l'arc volcanique des Champs Phlégréens, le golfe se transforme en un théâtre de lumière réfractée : le Vésuve se dessine en silhouette à l'est, Capri et Ischia encadrent l'horizon occidental, et les façades pastel de la ville se reflètent en bandes ambrées et violettes sur la marée.
Les croisières au coucher du soleil en petit groupe à Naples partent de la jetée Molo Marinelli le long de la Via Francesco Caracciolo, la promenade de deux kilomètres aménagée par Giuseppe Saredo en 1869 pour aérer le front de mer ravagé par le choléra. La jetée se situe à mi-chemin entre le Castel dell'Ovo, la forteresse normande sur l'îlot antique de Megaride, et l'élégance moderniste du port de Mergellina. L'embarquement a généralement lieu entre 18h et 19h, au moment de l'heure dorée où la lumière méditerranéenne adoucit la brume volcanique et où la brise thermique venant du Vésuve se calme. Les opérateurs privilégient les catamarans de huit à douze passagers et les gozzi sorrentini, bateaux en bois traditionnels, suffisamment stables pour la photographie mais assez intimes pour entendre la coque fendre les eaux.
L'attrait réside moins dans les commentaires guidés que dans la proximité. Depuis le pont, la Chartreuse San Martino et le Castel Sant'Elmo semblent empilés contre la crête du Vomero comme une avalanche de pierre figée dans sa descente. Le Palazzo Donn'Anna, dont la carcasse Renaissance sans toit est perpétuellement en restauration depuis 1642, s'avance dans les bas-fonds près de Posillipo, monument au caprice noble et à l'indifférence napolitaine face à l'inachèvement. Alors que le bateau vire au sud vers Nisida et les Champs Phlégréens, la ville se compresse en une seule traînée terre cuite sous le cône du Vésuve, qui est entré en éruption pour la dernière fois en 1944 et demeure le seul volcan actif du continent européen.
Les départs des croisières au coucher du soleil à Naples culminent entre mai et octobre, lorsque le crépuscule s'attarde après 20h et que le sirocco transporte le parfum du jasmin et du diesel provenant du port. Les traversées hivernales doivent composer avec des journées plus courtes et une mer plus agitée, bien que la palette hivernale — nuages ardoise, eau étain, sommet du Vésuve poudré de blanc — possède sa propre beauté austère. L'expérience reste ancrée dans l'observation plutôt que dans l'interaction : pas d'arrêts snorkeling, pas de dîner à bord, simplement la géométrie de la lumière et de la pierre se déployant sur l'un des littoraux les plus mythifiés au monde.